Perquis’ massive : le roi est nu

Le roi est nu (« Naked King » ©2013 Elena Eremenko-Ugolnikova)
Une perquisition géante a été menée ce 16.10.2018 par le parquet de Paris à l’encontre de la France Insoumise et de nombreuses figures du mouvement, sur la base d’éléments de procédure anciens n’ayant pas fait l’objet d’évolutions justifiant la démarche.
Violent, disproportionné et sans objet véritable autre que d’intimider, ce coup de sang d’un pouvoir  en bout de course montre qu’il ne reculera devant rien pour écraser la critique… comme tous les autoritaires.

EDIT : article mis à jour le 17.10.2018

La nouvelle est tombée ce jour : une perquisition géante lancée à l’initiative du parquet de Paris à l’encontre de personnages éminents et du siège du mouvement des insoumis a eu lieu ce mardi 16 octobre au matin.

Le calendrier fait bien les choses

Alors même que Christophe Castaner, dernier fidèle du président et chef du parti majoritaire, prend ses nouveaux quartiers place Beauvau au ministère de l’Intérieur, cette opération d’envergure exceptionnelle et tout à fait inattendue s’impose comme le fait d’actualité du jour.

Mais au fait, qu’est-donc venu chercher chez les insoumis la véritable armée dépêchée par le procureur de la République — lequel, rappelons-le, agit sur ordre de son ministre de tutelle Mme Belloubet et n’est en rien indépendant du pouvoir — ?

Un coffre-fort contenant des documents ou des armes à feu illicites ? Des preuves de ristournes illégales sur des prestations pendant la campagne présidentielle ? Les milliards évaporés du budget après la suppression de l’impôt sur la fortune, ou ceux de l’exit-tax ? On ne sait pas quoi, mais ça devait être énorme, et surtout très, très urgent !

Il fallait que soit intervenu un fait d’une particulière gravité, qu’une nouveauté brûlante et gravissime se soit manifestée pour ainsi, dans l’urgence absolue, faire débarouler une centaine d’agents de l’état pour réveiller chez eux à 7h du matin des amis, collaborateurs et ex-collaborateurs de l’ancien député européen Mélenchon, pour envahir et fouiller leur domicile parfois sous les yeux de leurs enfants, pour saisir leurs téléphones et ordinateurs, et ainsi les empêcher de travailler… et aussi, pour faire bonne mesure, pour interdire au responsable légal du mouvement politique, Manuel Bompard, d’assister à l’opération de perquisition et ne pas lui délivrer un PV détaillant les documents saisis au siège parisien du mouvement, après qu’il ait été physiquement malmené par un agent souffrant du même mal que l’exécutif : l’excès de zèle.

« Pour déployer de tels moyens dans un tel coup de force, ça doit être un truc terroriste », se dit probablement le quidam devant le nombre et les moyens mis en oeuvre. Effectivement, il ne manquait que le RAID à l’appel, mais qu’on se rassure : les mêmes forces de l’ordre qui avaient reculé devant la porte d’Alexandre Benalla n’ont eu aucune difficulté à franchir celles des perquisitionnés. Soit parce qu’ils ont appris à ouvrir les portes, soit peut être plus simplement parce que les gens honnêtes n’ont pas peur d’ouvrir leur porte à la police, eux.

Dénonciation FN de 2017 sur les emplois fictifs : une si vieille urgence

Hé bien non, rien de rien à se mettre sous la dent, aucun fait nouveau stupéfiant qui soit de nature à jeter l’opprobre et justifier ce déballage de muscles et de saisies en cascade sur le principal mouvement d’opposition à Macron.

Ce qui laisse songeur, c’est que cette opération est justifiée officiellement comme étant la suite, tout à fait inattendue et démesurée, des procédures découlant d’une dénonciation vieille de mars 2017 faite par Sophie Montel, eurodéputée FN qui prétendit alors que Mélenchon, lorsqu’il siégeait à Strasbourg, avait suivi avec ses assistants parlementaires la méthode d’emploi fictif mise en œuvre par le FN et désormais avérée par la justice.

Mme Montel a ensuite déclaré que ce signalement n’était, selon elle, pas une dénonciation mais un pied de nez. Voire ! Le parquet de Paris avait ouvert une information judiciaire le 22 mars 2017 au sujet de ce « pied de nez ». Et depuis, on n’en avait plus entendu parler. Pas de convocation, pas de jugement, pas d’audition. Le calme plat. Effectivement, ça sent le soufflé qui s’effondre, et beaucoup de bruit pour rien. Une nouvelle diversion du FN, en somme.

Et d’un coup, un an et demi plus tard, par le hasard complet du calendrier, le jour même où la maison Macron solde ses vieux ministres et installe de nouveaux modèles jetables à leurs places, l’affaire exige pour progresser qu’ait lieu une perquisition monstre ? Si c’était du théâtre, on demanderait à être remboursé : le deus ex machina du ministère de la Justice utilise des ficelles tellement grosses pour importuner l’opposition que tout le monde peut les voir.

Attention, toutefois : ce n’est pas uniquement pour satisfaire la soif de vengeance du FN que le parquet fait sonner la cavalerie et enfonce des portes ouvertes chez les progressistes. A ceci s’ajoutent des soupçons (brrr !) sur la régularité du financement de la campagne présidentielle des insoumis. Oui, vous avez bien lu, ce sujet dont on a déjà parlé sans rien trouver de concret il y a un an. Précisons pour rassurer le lecteur que celui-ci ne s’est pas trompé et lit bien un article de 2018, qui malgré les apparences n’est pas du tout un remake des titres de presse de la fin 2017.

Le parquet ne lâche pas l’affaire. Surtout s’il n’y en a pas.

Et oui, encore, la présidentielle 2017 où la gauche radicale a commis l’impardonnable crime d’attirer à elle 1/5ème des suffrages exprimés. Cette même campagne pour laquelle le mouvement de gauche radicale a fourni 52 cartons remplis de factures détaillées sur toutes ses dépenses de campagne à travers la France, répondant à plus de 2 000 demandes de la commission de contrôle. Commission dont on oublie un peu vite, dans le tohu-bohu qui a occupé la fin 2017, qu’elle a validé lesdits comptes. Commission qui a, soulignons-le, relevé des irrégularités manifestes… chez le candidat marcheur, lequel a bénéficié de ristournes illégales à son avantage consentie par des lieux ayant accueilli les meetings du futur roi président.

La commission en charge du sujet des comptes de campagne–sujet vaste, complexe et bien mal ficelé il est vrai– a donc dit que les comptes étaient bons., que les dépenses problématiques avaient été régularisées ou sorties des comptes de campagne, bref que ça y était, le dossier était bouclé. Ca c’était en janvier 2018.

Mais le parquet, en bon mainate de l’archiprêtre du « nouveau monde »,  avait quand même des doutes.  En politique, surtout chez ceux qui veulent la révolution façon Macron, le coup bas, ça reste la base. Alors le parquet avait chargé l’office central de lutte contre la corruption et les infractions fiscales et financières (OCLCIFF) d’une enquête pour vérifier ça. On sait jamais… ça c’était en mai.

5 mois après, quelles avancées sur l’enquête ? Aucune. Pas de convocation, pas d’audition : rien, rien, toujours rien. Entre temps on s’est tapé une coupe du monde et le scandale Benalla, mais là, alors que tous les documents sont là et prêts à être vérifiés, ça n’a pas avancé d’un millimètre.

Que feriez-vous, à leur place ? Quoi, classer le dossier ?  Vous êtes dingo ou quoi ! Réfléchissez : c’est le bon moment pour une perquis’ choc, non ?

Le grand-guignol en marche trébuche sur la vertu

L’hallali sur les insoumis se transforme en ouhlàlà pour Manu 1er.

Ce n’est décidément pas de chance pour le locataire de l’Elysée : lâché par ses anciens ministres et notamment par sa plus belle conquête politique, Nicolas Hulot, le voilà contraint de bricoler sur un coin de table, entre 2 mugs à 50 € de la boutique officielle, un remaniement avec scotch et ficelles pour planquer les fissures énormes de la majorité macroncentrique ! Le président n’aura ni pu bénéficier de l’effet coupe du monde, ni seulement jouir tranquille du plaisir de casser les pieds à ses premiers opposants en leur collant la police dans les pattes. Pauvre garçon !

Pas de bol en effet pour Manu, la scène de la perquis’ à son domicile a été intégralement filmée par Mélenchon et diffusée en ligne. De plus, les marques de coup subies par Manuel Bompard pendant la perquisition au siège du mouvement ont été montrées sur toutes les télévisions de France, il a des témoins et compte porter plainte pour coups et blessures.

Pour une intervention policière chez ses adversaires, la team Macron a de nouveau fait en sorte de choisir des cadors, des cracks : best of the best, top of the… flop.

Car on a pu voir face caméra la machine à démolir les détracteurs du pouvoir en pleine action. A regarder comme ça, ça fait frémir : museler les opposants politiques, tenter de les salir en usant du pouvoir à leur encontre, ce n’est pas ça qu’on reproche à tous les régimes autoritaires de la planète, déjà ?

Mais avant de nous mettre à mesurer l’écart entre un leader de droite autoritaire français acquis au libéralisme et aux USA, et un autre d’Amérique du Sud ou d’Europe qui parle la même langue (capitalisme et dollar), posons nous la question : les insoumis, premiers concernés, qu’en pensent-ils de tout ça ? Que déclarent les principaux intéressés à l’issue de cette pantalonnade qu’ils n’ont jamais demandé ?

Ils déclarent que c’est une tentative d’intimidation politique, ce qui est évident. Ils déclarent que la tentative a échoué, ce qui est réjouissant.

Ils disent que la procédure de perquisition a été faite à l’initiative du parquet qui dépend du ministère, ce qui est vrai, et que la procédure a été entachée de nombreuses irrégularités (pas de PV, agressions physiques, refus de présence sur les lieux, etc), que tout ceci relève de l’enquête préliminaire et donc qu’aucun juge d’instruction n’est saisi du dossier, qui n’est donc pas une affaire judiciaire jusqu’à preuve du contraire.

Et enfin et surtout, ils affirment haut et fort que les insoumis n’ont rien à cacher. A ce sujet, on rappellera utilement que depuis que la boule puante des comptes de campagne lui a été lancée fin 2017,  le candidat insoumis a appelé plusieurs fois à faire vérifier ces comptes de campagne, et aussi bien évidemment ceux des autres candidats. Demande restée lettre morte : quelle triste fatalité, décidément !

Macron dégringole et nous, on rigole

C’est vrai que l’époque est à l’inquiétude chez le président des riches : avoir en face de lui des adversaires qui respectent la règle démocratique, qui soutiennent les institutions républicaines et le respect de la loi juste, et qui n’ont pas besoin de magouiller en sous-main ou de faire des affaires louches pour agir et lui rappeler chaque jour son bilan désastreux, ses mensonges éhontés, son incapacité totale à donner à la France ce qu’il a promis… il y a de quoi en fracasser sa vaisselle à 500.000 € balles !

Car avec le départ de Nicolas Hulot, la dernière couche de vernis présentable s’est détachée d’Emmanuel Macron cet été. Aujourd’hui, le roi est nu, ça se voit, il n’aime pas ça, et il se venge sur tout ce qui l’énerve… donc bien sûr, sur les insoumis.

Mais cela ne changera rien. Au contraire, que lui et ses courtisans continuent donc à détourner la puissance républicaine pour exercer des violences politiques et des mises sous pression à l’encontre des voix discordantes : la chute finale du monarque, qui a connu aujourd’hui un sacré coup d’accélérateur avec cette nouvelle frasque autoritaire à peine digne d’un coq de basse-cour, n’en sera que plus spectaculaire.

Qu’il s’en rende compte : ses opposants, qu’il maltraite aujourd’hui avec brutalité et sans succès, se contentent d’en rire ! Les insoumis sont prêts à assumer toute faute qu’ils auraient commise –pour peu qu’on leur en apporte la preuve– et ils assurent déjà qu’ils seront là, réunis avec tout ce que le pays compte d’humanistes et de gens vertueux, pour célébrer dans la liesse la plongée fracassante de Jupiter et sa clique depuis la stratosphère élyséenne jusqu’à l’impitoyable réalité du plancher des vaches. C’est pour bientôt, ça commence en 2019 avec les européennes.

On te l’avait bien dit, Manu, la France n’aime pas les monarques… mais toi, tu n’écoutes jamais ce qu’on te dit.


Pour aller plus loin :

En direct de la perquisition chez JL Mélenchon (12’26 ») :

Complément sur la perquisition (4’55 ») :

Prises de paroles des députés insoumis devant le siège du mouvement (LinePress – 48’58 ») :

Interview de J-L Mélenchon sur BFMTV (Bourdin Direct 20’06 ») :

Interview d’Adrien Quatennens (CàVous 15’39 ») :

Réaction d’Antoine Léaument (Le bon sens – CNews 26’02 »)
 

Prise de parole de JL Mélenchon à l’Assemblée Nationale suite à la perquisition (HuffPost ) :

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